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Au Grand-Théâtre de Bordeaux, deux esclaves peints au plafond interrogent la mémoire

Élise-Violaine Cazemajou 2 min de lecture
Au Grand-Théâtre de Bordeaux, deux esclaves peints au plafond interrogent la mémoire

Au Grand-Théâtre de Bordeaux, le plafond raconte aussi l’histoire négrière de la ville. Parmi les personnages de la fresque circulaire peinte en 1780 par Jean-Baptiste-Claude Robin figurent deux esclaves noirs : une femme aux mains liées derrière le dos et un homme agenouillé. En ce mois d’octobre, leur représentation est au cœur d’une demande de médiation portée par Karfa Diallo, président de l’association Mémoires et partages.

Une scène au milieu des allégories

Lors des visites guidées, la loge vitrée qui surplombe la salle permet d’apercevoir une partie du plafond. La guide Agathe Corre attire depuis quinze ans l’attention sur ce couple, au milieu des muses, des déesses et des évocations de la richesse bordelaise : mâts, pierres taillées ou encore bœuf de Bazas.

Ces deux personnages constituent une rare trace contemporaine de la traite négrière. Bordeaux était au XVIIIe siècle le deuxième port négrier après Nantes, avec 150 000 esclaves déportés. Leur présence dans ce décor relie ainsi directement le monument à cette histoire.

Karfa Diallo voit dans la posture des personnages une représentation sans embellissement de l’esclavage. Il estime désormais que le peintre a pu vouloir accomplir un acte militant : une interprétation qu’il défend, sans la présenter comme une intention établie.

Un panneau explicatif demandé

Le 24 septembre, l’association a organisé une interpellation publique sur les marches du Grand-Théâtre. Pour Karfa Diallo, les explications données pendant les visites doivent être complétées par un panneau visible. Sa demande porte sur la pédagogie, et non sur l’effacement de l’œuvre.

La Ville souligne que les équipes de l’Opéra national de Bordeaux contextualisent déjà cette représentation pendant les visites touristiques et patrimoniales. Elle se dit prête à approfondir ce travail et à dialoguer avec les associations mémorielles. Karfa Diallo confirme avoir été contacté par le directeur de l’opéra : un rendez-vous est en cours d’organisation pour en discuter.

Élise-Violaine Cazemajou

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